Chaud l’été !

Chaud l’été !

La dernière fois que j’ai eu le courage d’écrire, nous étions encore en Atlantique et venions d’arriver en Espagne. Depuis, nous avons bien navigué et sommes entrés en Méditerranée, où nous avons vécu un été superchaud. Je sais que la Suisse a aussi eu chaud, mais là, j’ai failli me liquéfier. Enfin, à notre arrivée, à Ayamonte, tout était bien, nous nous réjouissions du climat du début de l’été. Deuxième escale, Huelva. Nous sommes remontés le fleuve Odiel et avons trouvé une belle marina toute neuve et quasi vide. L’accueil était fantastique, la ville belle. MAIS, nous avons appris que l’automne précédant, lors d’une des tempêtes qui ont touché la péninsule ibérique, elle a été ravagée par les vagues qui se sont levées sur le fleuve par le vent du sud. Phénomène exceptionnel, mais possible. Du coup, ils doivent encore construire un môle pour protéger le port. Je suis curieuse de voir quand il sera bâti. Enfin nous y avons passé deux semaines magnifiques et avons pu assister à une procession en l’honneur de Notre Dame des émigrants dès le deuxième jour.

tas de sel des salines de l’autre côté du fleuve

Depuis Huelva, nous avons pris le bus pour Séville. Toujours aussi belle que lors de notre première visite il y a vingt ans avec les enfants, mais tellement pleine de touristes, que nous ne sommes pas allés au palais de l’Alcazar, ni dans la cathédrale. Attendre des heures en plein soleil par 37°C dans des files ne nous disait rien. Mais la balade dans la vieille ville, la place d’Espagne et les parcs fleuris valaient la peine.

Nous redescendons le fleuve, cap au sud, longeons de près la côte, car on nous dit que les orques restent dans les eaux profondes du large. Est-ce vrai ou pas, nous ne les avons pas vues et en sommes très heureux. Lors de la halte à Rota, nous retrouvons notre ami Christian qui y a passé l’hiver et nous montre tous les jolis coins de l’endroit.

De l’autre coté de la baie, Cadiz nous attend, belle et pleine d’histoire. Pas beaucoup de photos pour nous, car nous avons chaque fois oublié de les prendre. Nous avons quand même apprécié la ville, ses ruelles et son marché.

Le vent étant favorable, nous continuons à longer la côte, passons le fameux cap de Trafalgar et entrons dans le détroit de Gibraltar. Quand nous arrivons au pied du rocher, des dizaines de dauphins nous accueillent. Etonnant, dans une baie qui grouille de trafic maritime, entre cargos énormes , ferrys rapides et plaisanciers de toute sorte. Nous nous arrêtons à la Linea, côté espagnol de la baie pour quelques jours. Pendant cette escale, nous prenons des petites vacances de notre Naviot et traversons le détroit en ferry pour visiter Tanger.

Bien sûr, j’ai organisé cette sortie avec internet. Et évidemment, ne connaissant pas l’endroit, il y a eu quelques couacs… Saviez-vous qu’il existe Tanger et TangerMed? Tanger est la ville historique, à la sortie du détroit, coté Atlantique. TangerMed est un immense port industriel coté méditerranée du détroit, à 60km de la ville. D’Algesiras, ville à 20 minutes de Gibraltar en bus, j’ai pris un passage vers TangerMed, croyant arriver à Tanger. Oups, il a fallu prendre un taxi pour faire les 60km jusqu’à la ville où j’avais réservé un petit hôtel dans la médina. Le taxi nous pose à une entrée de ce labyrinthe. Mon téléphone ne fonctionne pas encore au Maroc, car je l’avais mal manipulé pour le débloquer pour ce pays. Donc, nous devons nous débrouiller à l’ancienne et demander notre chemin. Assez rapidement, un jeune homme se propose de nous y amener. Il joue le guide et nous fait tourner en rond pour finalement nous montrer la bonne maison et nous demander 30 euros – le même montant que nous venions de payer pour les 60km de taxi. Quand je lui ai donné10 euros car je n’avais pas de billet de 5, il est parti en courant. Ensuite, nous voulions aller à l’hôtel qui m’avait envoyé un code pour entrer. Pas moyen d’ouvrir cette porte. Que faire? Un peu plus loin nous voyons un monsieur âgé assis devant sa maison et lui demandons conseil. Il nous emmène chez le propriétaire de l’hôtel qui est en fait un AirBNB et nous racontons notre problème. Un appel de téléphone, et nous pouvons retourner à notre logement, on nous y attend. Tout va bien, et notre sauveur nous dit que si nous avons d’autres problèmes, on peut revenir vers lui. Tellement gentil! Un peu rocambolesque pour notre arrivée, le reste de notre séjour s’est super bien passé. On s’est baladé dans cette vieille ville incroyable aux ruelles tellement étroites et pleines de boutiques de petits artisans et restos. J’ai adoré!

Le retour au Naviot, cette fois-ci en passant par Tarifa, était beaucoup plus détendu. Nous restons encore un peu dans le détroit, mais traversons vers l’Afrique. L’enclave espagnole La Ceuta nous accueille dans sa marina agréable. Une première pour nous, l’amarrage sur pendille, vu qu’il n’y a quasi plus de marée ici. On veut faire comme tout le monde et rentrons dans la place en arrière. Pas une bonne idée quand on a l’annexe suspendu au portique en travers de l’arrière du bateau. Nous avons du la descendre et l’amarrer vers la proue pour la durée du séjour. Autrement, belles balades, restos sympas et beaucoup de rires avec les copains qui nous ont rejoint.

En quatre jours nous en avons fait le tour et mettons le cap à l’est. Une belle fenêtre météo nous permet une entrée en beauté dans la Méditerranée. Nous visons Almerimar à 138 milles nautiques de là. Tablé sur une moyenne de 5 nœuds, on pense naviguer un peu plus de 24h. Donc, un départ vers midi nous paraît confortable pour arriver dans l’après-midi. Mais comme si souvent, la réalité est bien différente. Vent, courant et vagues se conjuguent pour nous pousser bien plus vite, et nous arrivons à 6 heures du matin, il fait encore nuit noire, et la navigation au lieu de tranquille pépère était carrément sportive.

Quelques jours de repos à Almerimar, et nous continuons à longer la côte d’Andalousie,, puis la costa Blanca jusqu’au cabo de la Nao où nous quittons le continent, mais pas le pays. Cap sur les Baléares – nous y avons rendez-vous avec notre fils et son amie qui viennent nous rejoindre à Palma fin août. Nous avons le temps de nous y rendre. Plus tôt, je vous avais parlé des multiples fêtes et processions en Espagne. L’une d’elles se passe moitié sur l’eau et moitié sur Terre. A Aguilas elle est en l’honneur de notre Dame de la Mer, alors des dizaines de bateaux sortent en mer en activant leur corne de brume.

En Méditerranée, nous avons aussi rejoint la vraie chaleur de l’été. Tellement chaud, que j’ai du aller m’acheter d’urgence des T-shirts légers. Tous ceux achetés dans le nord ces dernières années étaient tout d’un coup insupportables. Ils iront de nouveau pour l’hiver…

Le vent soufflant plus de nuit que de jour, nous partons pour Ibiza un beau soir et arrivons le lendemain matin. De ce premier mouillage nous contactons nos amis Gabi et Olivier qui passent l’été dans leur maison là-bas. Nous allons ancrer juste en bas dans une baie aux eaux cristallines et le chant des cigales à longueur de journée. Les quelques journées passées avec eux étaient géniales. Merciiii aussi pour votre aide pour changer l’hélice de notre moteur hors-bord ainsi que le presse-étoupe du moteur du Naviot. Olivier a même emmené Louis chez un accastilleur, où il a trouve les pièces nécessaires et un pot de colle pour pouvoir réparer notre annexe en cas de besoin. Il lui a même offert une après-midi de plongée.

Le vent tournant, nous quittons ce bel endroit et faisons le tour de l’île. Quelques jours de mouillage, dont un près de Sant Antoni, où les gens en ont tellement marre des touristes, que quelqu’un a donné un coup de couteau dans notre annexe. Le boudin avant crevé, nous sommes rentrés au bateau, moi cramponnée à l’avant en tenant la proue du gonflable vers le haut pour ne pas couler. Heureusement que Louis avait acheté ce pot de colle, nous avons pu réparer. Après cette expérience, nous sommes partis, pas envie d’y revenir.

Nous arrivons le lendemain à Santa Ponça, sur Mallorca. L’ancre mouillée dans une eau cristalline, nous nous prélassons entre baignades, promenades et excursions à Palma qui est à une demie heure de bus. Bonheur supplémentaire, nous rencontrons Hendrik, le fils de nos amis Heinz et Brigitte de Lübeck, lui même frère de la côte. Il vit et travaille là.

Eh oui, nous étions au bon moment à la bonne place pour voir l’éclipse totale du soleil sans même bouger de notre cockpit. Quelques jours plus tard, la météo change. La mer est à 32°C , un vent de nord-ouest un peu plus frais se lève, et les météorologues ne savent plus à quel saint se vouer. D’heure en heure les prévisions changent, mais pour la nuit du jeudi au vendredi, cela a l’air d’aller. On décide de rester dans la baie et d’aviser au fur et à mesure. Mal nous en a pris. Vers 5h15 du matin, le vent se lève. Ayant dormi dehors, je m’en rends compte de suite et appelle Louis pour rentrer le taux de soleil qui commence a battre. Il fait nuit noire et chaud, ne pleut pas, et tous les hublots sont ouverts. Tout d’un coup, notre bateau se fait soulever et une vague lui passe par dessus en diagonale. La chaine de l’ancre se tend à mort et un grand craquement se fait entendre. Je suis à l’intérieur et vois la mer se vider dans le bateau par toutes les ouvertures. Ca fait des litres et des litres qui rentrent. Louis est dans le cockpit, s’accroche. Cela dure environ une minute. Nous regardons autour de nous- notre ancre a tenu, nous ne dérivons pas. Ouf! Mais notre barre franche gît en deux morceaux, complètement cassée au fond du cockpit. Autour de nous d’autres bateaux ont eu moins de chance, ils dérivent. Certains réussissent à mettre leur moteur en route et se réancrent un peu plus loin. D’autres se fracassent sur les rochers à 20 m derrière nous. Un catamaran norvégien se fait complètement disloquer. Ses propriétaires ont pu rejoindre la terre, et nous les avons vu regarder leur bateau sombrer. Triste spectacle. En fait, Hendrik nous explique que nous avons du prendre une trombe d’eau qui a passé par dessus.

Nous avions l’obligatoire barre de secours à bord et avons pu la mettre en place. Ensuite, nous avons levé l’ancre – toute tordue, elle a du se coincer sous un rocher, heureusement – et sommes partis nous mettre à l’abri au port de Palma. Coup de chance, ils avaient une place pour nous. Arrivés là-bas, Hendrik est venu chercher Louis et ils sont allés trouver un menuisier que Hendrik connait, et il nous a refait une nouvelle barre en un temps record. 560 euros, cher le bout de bois, mais qu’est ce que nous étions contents! Puis Marc est arrivé avec son amie Morgane, et à quatre, nous avons fait un allez retour vers Ibiza, histoire de terminer les derniers 150 milles nautiques dont Marc avait encore besoin pour valider son permis mer. Première navigation en mer pour Morgane, elle a découvert ce qu’est le mal de mer. Pas trop fort heureusement. En cette dernière semaine d’août, le temps devient changeant, et nous passons quelques jours au port avant que nos deux invités retournent en Suisse. Il faut bien que quelqu’un travaille…

A nouveau seuls, nous quittons les Baléares pour le continent, et arrivé à Dénia, nous restons un semaine. On a besoin de repos…

Puis, nous suivons la côte en sens inverse pour rejoindre nos quartiers d’hiver à Carthagena où nous avons amarré le Naviot pour quelques mois.

Le Naviot est désarmé, tout est rentré pour l’hiver et demain nous partons rejoindre la confrérie des Frères de la Côte à la rencontre mondiale qui à lieu tous les quatre ans. Cette fois ci, c’est au Chili et nous sommes déjà très curieux de voir ce pays.

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